Septième rencontre/écoute d’Addor

jeudi 25 novembre 2010

Addor et l’association Zoreilles vous invitait à rencontrer Andrew Orr le lundi 6 décembre 2010.

[bleu violet]Andrew Orr, un cheminement radiophonique[/bleu violet]

L’Association pour le développement du documentaire radiophonique (Addor) et l’association Zoreilles vous a proposé une rencontre/écoute autour d’Andrew Orr le lundi 6 décembre 2010 à 19 heures, dans les locaux de la Scam à Paris.

Vous pouvez réécouter ici l’enregistrement de cette soirée (durée 2h06), grâce au travail sonore de Michel Créïs et Alain Joubert :


Un long, très long silence, telle une toile monochrome noire, ou blanche, d’une netteté crue, sans angles ni bordures, une simple trame, une peau de tambour ivoire, là s’imprime, au tympan de la vie, le son.

Un son est un son.

Empilé, couche après couche, il fait bruit, la symphonie de ces derniers, leurs rapports, compose le décor sonore perçu autant par nos yeux que par nos oreilles, tout est affaire de prédisposition, de placement, ou de circonstance.

Ainsi va-t-il d’une mer déchaînée de solstice d’hiver.

Le silence vibre comme une basse, note étirée et continue, autour de laquelle tourne et se délie le sifflement des courants d’air, toute une gamme d’ondes qu’accompagne les mouvements de l’eau : brillantes sucions en surface et sombres aspirations dans les profondeurs.

Viennent alors un son, des sons, c’est selon ; fracas des déferlantes sur les roches ou les digues, galets emportés, s’entrechoquant et roulant sur la grève, lèchements et clapotis des vagues plus protégées des vents alors qu’elles atteignent le banc de sable.

En ce lieu d’atmosphère se confondent les bruits en couche.

D’autres s’y tissent et s’y agrègent en articulations aléatoires et arythmiques ; longs gémissements des gréements et grincements de coques, tintements de cloches de brume ou de bouées, claquements de voiles mal enroulées à leur mât, qui sait, peut-être aussi le martèlement sourd de chaussures ferrées courant sur le pavement inégal d’un quai, un marin cherchant à consolider un cordage ou à s’abriter des frimas.

Voilà le décor sonore composé dans toute son ampleur, de creux et de déliés.
La mer éructe et on l’écoute.

Mes années d’enfance, ces premières années d’après-guerre, étaient d’abord sonores. Cloches, pendules et carillons rythmaient le temps et ses avancées. Point d’uniformité électrique en cuisine, la moindre recette portait son lot de battements de bois, de fer, le charbon brûlait dans l’âtre, ou le bois, dégageant pétarades ou craquements à la combustion. L’oralité primait partout, du champ de foire et de ces camelots aux discours politiques résonnant sous les préaux d’écoles, des accents rugueux et colorés des patois ordinaires aux messes et sermons suivis par des foules moins clairsemées et plus attentives à la parole divine.

Même la radio parlait plus qu’elle ne se préoccupait de musiques.

Du commentateur cycliste s’époumonant dans le Galibier à faire vivre l’échappée, à Zappy Max, maître loyal de jeux et joutes comme des radios crochets, où à l’inclassable Geneviève Taboui, Mata Hari de l’éditorial aux accents de maîtresse de cours élémentaire ouvrant ses billets par un tonitruant « Attendez-vous à savoir » qui en disait long sur le degré supposé d’ignorance qu’elle attribuait à ses auditeurs.

Tous causaient dans le poste, les voix, leur timbre et leur chantant, fuyaient la norme et cultivaient la différence.

C’était bien l’heure de gloire de la radio et sa boîte en bakélite trônait dans les cuisines, prononçant l’Histoire et ses grandes avancées, le siège de Dien Bien Phu suivi de sa reddition, la mort du roi George V, l’entrée des chars dans Budapest, les boucles stratosphériques du Spoutnik et de son pilote canin, jusqu’aux tirs et tueries de la rue d’Isly. « Halte au feu, halte au feu ! », criait l’officier parachutiste et nous y étions tous à ses côtés, baissant la tête, en écoutant le monopole du journal « parlé ».

Mais cela suffit-il à susciter une vocation ? J’en doute. Tout au plus, une appétence pour ces couleurs sonores qui restent, en parcourant les conduits de mes oreilles jusqu’à titiller mes neurones, le fondement de mon imaginaire. J’irais même jusqu’à penser qu’elles dessinent à mes yeux le divin, charriant au passage, en surgissant de terre et lui donnant le don des langues, ses vérités essentielles et éternelles. En cela, je rejoins cette vieille bigouden croisée à l’Ile-Grande, en compagnie de Yann Parenthoën, qui nous disait, en nous parlant de sa première écoute radiophonique :

« C’était magique, je croyais entendre des voix sortant de terre ».

Durant quarante années, j’ai bricolé à la radio, toutes les radios, de celle du monopole aux thématiques, culturelle et musicale, en passant par le périphérique, le pirate, le libre et le commercial.

J’y ai pratiqué aussi tous les métiers, en studio et à l’extérieur, journaliste, correspondant à l’étranger, speaker, producteur, réalisateur, commercial, cadre dirigeant, consultant, formateur, même technicien et ingénieur du son à l’occasion, lorsque les moyens des radios libres nous obligeaient à prendre en main les potards des consoles.

De toutes ces années, menant de l’ORTF à Radio Nova, en passant par France-Culture et l’Atelier de Création Radiophonique, je retiens avant tout l’aventure humaine.

Je suis de cette génération chanceuse à qui l’on a toujours tendu la main, pour apprendre et mieux faire. Je me suis efforcé de rendre la pareille, autant que faire se peut.

À moi, par le truchement de cette écoute, de tendre à nouveau ces savoirs.
De vous proposer l’écoute d’extraits couvrant :

Mes débuts, à l’ACR, période d’apprentissage, puis des extraits d‘émissions classés par thèmes, la contre-culture et l’Amérique de l’underground, l’engagement politique et la défense de minorités, certains faits de société des années 7O, ou des histoires que l’on pouvait se « raconter » alors …

Les radios pirates et libres, Radio Verte…

Radio Nova…

Arte, ses habillages, la saga des moutons…

Une sélection rapide de films documentaires de Nova Prod…

Cela pour à nouveau faire courir ses sons à destination d’autres oreilles qui sauront en profiter, pour les faire vivre et rebondir ailleurs…